Ce livre est le
fruit de "coups de colère" colères de deux évaluateurs de projets face
à l'observation répétée des mêmes défauts de l'aide au développement.
Un évaluateur n'est-il pas, en quelque sorte, un voyeur? Un voyeur des
opérations d'aide, appelées par abus de langage opérations de développement.
L'aide ne joue-t-elle pas contre les dynamiques paysannes? Dans quelle
mesure ne freine-t-elle pas leurs initiatives? A trop vouloir aider,
ou aller trop vite ou trop prévoir, ne risque-t-on pas de les empêcher
de progresser selon leurs idées et avec leurs propres ressources? Et
tant de projets parallèles et concurrents ne créent-ils pas une tour
de Babel?
Chacun des chapitres
s'ouvre par des colères évoquées sur un ton parfois grinçant. Leur succèdent
une analyse des pratiques du système d'aide, un diagnostic et des propositions
de changement des méthodes et des comportements; ceux des organisations
non gouvernementales (ONG), mais également ceux des coopérations publiques.
Le champ géographique de l'analyse et des nombreux exemples est celui
de pays du Sahel ; Burkina Faso, Mali, Sénégal surtout et Tchad. Deux
cas se rapportent au Togo et à Madagascar.
LA
DEDICACE D'UN AUTEUR :
"Le Sahel est pauvre !" "La sécheresse a anéanti les récoltes
!" "Les Sahéliens ont faim !"
Combien de fois ces phrases, lues ou entendues, créent l'émotion et
nous motivent pour envoyer des dons, des experts, des vivres.
Bref, nous espérons "les aider" !
Mais aider, chaque parent d'un adolescent le sait bien, cela n'est
pas facile ! Marie-Christine Guéneau et moi, nous observons depuis
des années les mêmes défauts du système d'aide. Par exemple, celui
qui aide décide facilement à la place des gens.
On voit aussi des incohérences répétées : beaucoup d'argent pour tel
village et rien pour le voisin! Et des contresens : une aide financière
si importante qu'elle étouffe les efforts propres des Sahéliens ;
et puis - d'un coup - le robinet se ferme.
Enfin un peu d'orgueil : la main qui donne se croit facilement supérieure
à la main qui reçoit! Un jour, il y a plus de cinq ans, nous avons
rassemblé nos constats et exprimé, l'un à l'autre, nos colères. Décidant
d'écrire sans langue de bois, nous avons interrogé d'autres observateurs,
et, en particulier, nos amis paysans du Burkina Faso, du Sénégal et
du Tchad.
Que pensez-vous de l'aide? Avec eux, nous avons cherché d'où viennent
les défauts et les erreurs, quelles maladies entraînent nos dons et
nos projets, par quelles méthodes les éviter.
Pourquoi parler des "marigots", nous direz-vous.
Au Sahel un marigot est un bas-fond que parfois l'eau inonde; c'est
alors un lieu merveilleux sous le soleil! Mais quelques jours après,
l'eau disparaît et fait place à la sécheresse. C'est alors un lieu
presque mort! L'aide nous fait penser à un marigot! Est-ce possible
de transformer un marigot en rivière? Nous le croyons, pour le Sahel!
Et nous pensons à nos villes et campagnes françaises: n'y a-t-il pas
là aussi des marigots créés par l'aide? Nos premiers lecteurs le disent
! (Bernard Lecomte)
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