1985. Famine
en Ethiopie. Pour porter secours aux populations, un petit groupe
décide de passer par l'Erythrée et débarque à Asmara. Là, une figure
étonnante, Hilarion Grigorian, Arménien d'Afrique, observe la rencontre
improbable de cette jeunesse d'Europe avec un pays où la beauté des
femmes, la force des paysages, le mystère des magiciens brisent toutes
les certitudes.
Les humanitaires sont mis en scène de l'intérieur, nous révélant leurs
destins individuels, leurs amours, leurs faiblesses et les dilemmes
profonds de leur action.
Ce roman est un
témoignage direct qui met en scène de l'intérieur cette génération orpheline
des idéologies, qui a perdu les causes traditionnelles de l'engagement
et qui les cherche du coté de l'action humanitaire.
Jean-Christophe Rufin est un des pionniers du mouvement humanitaire
"sans frontières". Ecrivain, on lui doit des essais (L'Aventure humanitaire,
L'Empire et les nouveaux barbares) et le cycle romanesque de L'Abyssin.
"Les Causes perdues" a pour thème l'engagement mais aussi le
désenchantement ... Ses héros sont "dans" I'humanitaire et font "le
bien faute de mieux" parce qu'ils fuient ou sont en quête de quelque
chose, observés par un narrateur astucieux, solitaire et vaguement pervers
comme peuvent l'être les vieillards qui en ont trop vu et qui ne cherchent
plus qu'à se distraire. Ils tombent dans tous les pièges, dans toutes
les compromissions, tous les abandons.
Rédigé très vite, "Les Causes perdues" pêche un peu par excès
de facilité, comme chez les élèves trop brillants, et le style s'en
ressent. Mais, "homme venu d'ailleurs qui a le droit d'écrire", Jean-Christophe
Rufin a des "semelles de vent" d'écrivain pour poursuivre sa quête d'
"harmonie" en plusieurs vies.
Le
Monde
Martine Silber
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