L'AIR DE LA GUERRE.
(Prix novembre 1994)

Auteur : Jean HATZFELD
Editeur : De l'olivier
Genre : Histoire

Edition: Février 1994

Cri de douleur et de tendresse. De douleur devant le désastre, de tendresse pour les victimes du drame: l'Air de la guerre, c'est ce mélange de sentiments, auxquels il faut ajouter la révolte devant la bêtise et le cynisme des principaux acteurs de la tragédie qui se déroule devant nos yeux.

Jean Hatzfeld a passé des mois à regarder les êtres humains se haïr, s'écharper, tuer et se faire tuer dans cette ex-Yougoslavie qu'il a parcourue en tous sens pendant deux ans, avant qu'une rafale de fusil d'assaut ne lui broie une jambe, alors qu'il effectuait sa mission de journaliste. Devenu lui-même victime de la rage destructrice qui a, une fois de plus, embrasé les Balkans, il n'a pas renoncé à son rôle de témoin pour raconter, à travers son propre cheminement, cet "air de la guerre" que les Européens ont laissé se développer à leur porte.

En vivant au coeur du conflit, en partageant les épreuves de gens plongés, du jour au lendemain, dans l'absurdité, Jean Hatzfeld ne se contente pas de rapporter les faits; il fait ressentir mieux que quiconque cet "air meurtrier." L'homme et sa moto, l'un contre l'autre, la main inerte frôlant le guidon, comme s'ils avaient décidé de faire ensemble la route de la mort. Une étrange tendresse, que semblent amener les eaux proches du fleuve, enveloppe ces cadavres découverts. Mais, à côté des morts, il y a, surtout, ces survivants qui, pris dans la tourmente, tentent de continuer à exister contre obus et balles, et dont Jean Hatzfeld nous parle avec émotion. L'Air de la guerre, c'est aussi l'inaction criminelle d'une communauté internationale qui a laissé s'étendre le feu et se trouve aujourd'hui aux prises avec une situation qu'elle est bien incapable de contrôler. "Il en est de cette guerre comme d'un incendie allumé par des mômes rageurs: une couverture aurait suffi pour l'éteindre le premier été, quelques Canadair auraient suffi quelques mois plus tard; désormais, il faudra attendre que les dernières poutres se consument pour s'apercevoir que les haines ethniques n'étaient pas plus vives ici que dans les pays voisins."

Loin de pleurer sur lui-même ou de récriminer contre le sort qui l'a frappé, c'est avec une pudeur remarquable et une grande passion pour l'être humain que Jean Hatzfeld raconte la guerre à travers toutes ses facettes, des plus dramatiques aux plus déconcertantes.

HELLER Yves
(LE MONDE)
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