Cri de douleur
et de tendresse. De douleur devant le désastre, de tendresse pour les
victimes du drame: l'Air de la guerre, c'est ce mélange de sentiments,
auxquels il faut ajouter la révolte devant la bêtise et le cynisme des
principaux acteurs de la tragédie qui se déroule devant nos yeux.
Jean Hatzfeld a
passé des mois à regarder les êtres humains se haïr, s'écharper, tuer
et se faire tuer dans cette ex-Yougoslavie qu'il a parcourue en tous
sens pendant deux ans, avant qu'une rafale de fusil d'assaut ne lui
broie une jambe, alors qu'il effectuait sa mission de journaliste. Devenu
lui-même victime de la rage destructrice qui a, une fois de plus, embrasé
les Balkans, il n'a pas renoncé à son rôle de témoin pour raconter,
à travers son propre cheminement, cet "air de la guerre" que les Européens
ont laissé se développer à leur porte.
En vivant au coeur
du conflit, en partageant les épreuves de gens plongés, du jour au lendemain,
dans l'absurdité, Jean Hatzfeld ne se contente pas de rapporter les
faits; il fait ressentir mieux que quiconque cet "air meurtrier." L'homme
et sa moto, l'un contre l'autre, la main inerte frôlant le guidon, comme
s'ils avaient décidé de faire ensemble la route de la mort. Une étrange
tendresse, que semblent amener les eaux proches du fleuve, enveloppe
ces cadavres découverts. Mais, à côté des morts, il y a, surtout, ces
survivants qui, pris dans la tourmente, tentent de continuer à exister
contre obus et balles, et dont Jean Hatzfeld nous parle avec émotion.
L'Air de la guerre, c'est aussi l'inaction criminelle d'une communauté
internationale qui a laissé s'étendre le feu et se trouve aujourd'hui
aux prises avec une situation qu'elle est bien incapable de contrôler.
"Il en est de cette guerre comme d'un incendie allumé par des mômes
rageurs: une couverture aurait suffi pour l'éteindre le premier été,
quelques Canadair auraient suffi quelques mois plus tard; désormais,
il faudra attendre que les dernières poutres se consument pour s'apercevoir
que les haines ethniques n'étaient pas plus vives ici que dans les pays
voisins."
Loin de pleurer
sur lui-même ou de récriminer contre le sort qui l'a frappé, c'est avec
une pudeur remarquable et une grande passion pour l'être humain que
Jean Hatzfeld raconte la guerre à travers toutes ses facettes, des plus
dramatiques aux plus déconcertantes.
HELLER
Yves
(LE MONDE).
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